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Agroécologie et Sécurité Alimentaire

L’Algérie et sa biodiversité.

Quelques Fondamentaux

Pourquoi sommes nous amenés à parler de biodiversité naturelle, ou de la diversité de toutes les formes du vivant ?

L’histoire de l’humanité arrive à un tournant car, pour la première fois il faut admettre que les ressources de la planète sont limitées, et que l’Homme n’est pas le seul à avoir le droit de vivre sur Terre. En ce début du 21ème siècle les scientifiques alertent sur la sixième extinction massive des espèces, contrairement aux précédentes, cette érosion du tissu vivant est due aux activités humaines. On réalise aujourd’hui que l’être humain a colonisé 80% des terres émergées. Les hommes et les animaux qu’il élève, représente 90% de la biomasse des mammifères sur terre, alors qu’ils représentaient 1% au début du 20ème siècle. Ceci nous donne une idée de l’impact de la présence humaine sur l’environnement et de la pression que l’homme exerce sur les milieux naturels. Pour la première fois l’homme est devenu le plus puissant moteur de l’évolution, ce qui marquerait les débuts de l’anthropocène. Etant lui-même une entité dans cette vaste diversité, de par les externalités négatives de ses activités, il constitue donc, en toute logique, une menace pour lui-même.

Si la réflexion traite le plus souvent de la diversité des espèces, il est peut être utile de distinguer qu’en fonction du niveau d’organisation du vivant, plusieurs types de diversités coexistent. Pour simplifier on considère, une diversité entre individus d’une même espèce, c’est ce qui permet de nous reconnaitre (polymorphisme intraspécifique), une diversité entre les espèces (interspécifique), et une diversité des écosystèmes ou des peuplements. La diversité écosystèmiques caractérise la variabilité des écosystèmes, leur dispersion sur la planète et reflète la richesse des relations structurelles et fonctionnelles entre les espèces, les populations et avec les écosystèmes. Sachant aussi que chaque individu est lui-même un écosystème….

Tenant compte de l’état actuel des connaissances, que l’on soit à l’échelle du gène, de l’espèce ou de l’écosystème on peut comprendre la diversité des entités vivantes comme un ensemble confus et hétérogène de mécanismes biologiques entrainées dans des processus de remodelage permanent de leurs structures. Ces entités biologiques sont à la recherche des combinaisons les plus adaptées aux facteurs de stress environnementaux, pour vivre et se multiplier dans un perpétuel transfert d’énergie. C’est cette biodiversité qui est la source du gisement où sont puisées et véhiculées les sélections et adaptations qui alimentent la dynamique évolutive du tissus vivant dont ne faisons partie. Ainsi des espèces apparaissent, se développent et disparaissent sur une période allant de 1 à 10 millions d’années.

La diversité s’exprime aussi dans les populations et leur répartition, dans l’espace, dans l’organisation sociale, imprimant de ce fait l’histoire bioculturelle jusqu’à la constitution de nos aliments…..

La biodiversité apparait ainsi comme le substrat pour la sélection, elle est aussi le fondement des moyens d’existence durables dans des milieux changeants. A l’image d’une « assurance vie », elle permet aussi de maintenir la survie lorsqu’une espèce est frappée par une sélection létale. Face aux facteurs de stress environnementaux, chaque espèce doit disposer d'une certaine réserve de diversité (variabilité), dans son information génétique pour se maintenir. Les pressions sélectives en absence de robustesse liée à une compression de la biodiversité, consécutive à une érosion du patrimoine génétique, peuvent conduire à l’extinction d’espèces et/ou à l’effondrement des écosystèmes.

La biodiversité apparait donc comme l’unique moteur du maintien du vivant dans la nature, ce qui explique que l’on ne peut détacher la biodiversité des mécanismes de la dynamique évolutive, c’est dans ce contexte qu’elle prend pleinement son sens.

Ici l’écologie intervient pour comprendre les relations entre les individus d’un même écosystème (commensalisme, mutualisme, parasitisme…). Elle tente aussi d’expliquer la subtilité des équilibres qui existent entre les différents écosystèmes. L’Homme faisant partie de plusieurs écosystèmes, l’écologie est sensée trouver un équilibre entre ses activités dans l’environnement au quel il appartient.

 

Qu’en est-il de l’Algérie ?

 

Dans un pays constitué à plus de 80% de zones désertiques, on ne s’attend pas à rencontrer une grande diversité biologique. L’ensemble du patrimoine génétique national serait représenté par 16 000 espèces, alors que dans les récifs coralliens ou dans les forêts tropicales humides, on estime ce nombre à 50 000 au km2. En fait les territoires désertiques se distinguent par une faible diversité, et par la richesse de leur endémisme (de l’ordre de 40%). Ceci s’explique par la rupture des couloirs de transfert de flux de gènes, du fait de l’isolement géographique des habitats naturels et des dérives génétiques successives qui en résultent.

Par contre l’ensemble de ces espèces existantes, sont le résultat d’une sélection naturelle millénaire, opérée pendant la dernière phase d’assèchement du Sahara, depuis quelques 5000 ans. On peut donc considérer que le patrimoine génétique existant est le plus performant qui soit dans les conditions actuelles, et qu’il a toutes les chances d’être le plus apte à répondre au stresse climatique que nous commençons tout juste à vivre. Ce capital du vivant doit représenter le socle sur lequel il faudra travailler, pour améliorer les performances du potentiel génétique.

Mais il se trouve que ce patrimoine, qui constitue l’environnement biotique dans lequel nous vivons, est fortement menacé. Les effets conjugués de l’explosion démographique et de l’amélioration du niveau de vie (augmentation des besoins), exercent une insoutenable pression environnementale.

Lorsqu’on se situe au niveau de la bande littorale, on dira juste qu’entre érosion hydrique et intenses pressions démographique (urbanisation anarchique, pollution…), les écosystèmes subissent une dégradation accélérée, même effrénée, qui prend la forme d’une catastrophe écologique.

La dégradation de la bande steppique, foyer ancestral de l’élevage ovin, a atteint un tel stade, que l’on peut la réduire à une aire d’exercice pour les troupeaux sur la majeure partie de l’année. La complémentation alimentaire importée assure jusqu’à 80% des besoins des troupeaux ; le mouton ne vit plus de la steppe 

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Effondrement des écosystèmes steppique, la brebis survit grâce à l’importation d’orge.

Indépendamment de l’urbanisation galopante (pollution, pompages abusifs…), la surexploitation des parcours (surcharge animale, introduction du tracteur et du labour..), a ouvert la voie à l’érosion et à la désertification, donc au recul des milieux vivants.

Les terres abandonnées à une « mise en valeurs » anarchique, sont entrain d’accentuer la désertification, la salinisation des sols y est nettement perceptible,…. L’étendue des dégâts semble être proportionnelle aux moyens dont dispose les acteurs sur le terrain. A titre indicatif, dans ces écosystèmes, une épaisseur d’un centimètre de terre perdue par érosion, met au moins 1 0 000 ans pour se reconstituer !

Erosion : Effets du Labour En 20 ans

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(Destruction des niches écologiques…)

Les écosystèmes sahariens n’échappent pas à la dégradation. Nous avons tendance à les considérer sous peuplés, mais en fait la concentration humaine se trouvent dans les habitats qui regroupent le plus de diversité. On peut les assimiler aux oasis qui sont entrain d’agoniser sous l’effet des pressions anthropique. Ils tirent leur fragilité et la lenteur de leur capacité de régénération du fait de l’aridité des climats sahariens, et des fortes températures.

La surexploitation des milieux est entrain de mener vers l’effondrement des structures écosystèmiques, et la rupture des chaines alimentaires. Les conséquences économiques sont à la hauteur des dégâts occasionnés. Aujourd’hui, les agrosystèmes oasiens n’ont plus la capacité à nourrir leur population, de même que la steppe n’arrive plus à alimenter les troupeaux et leurs propriétaires. Pour l’heure la survie des populations locales est totalement tributaire des importations.

La biodiversité donne tout son sens à l’agrobiodiversité qui est la source de la chaîne trophique, l’histoire nous apprend que ne pas en tenir compte, c’est se livrer sciemment à la dépendance alimentaire.

Sofiane. Benadjila. Consultant Indépendant.

Ing.Agronome Ensa(ex: INA).

sofbenadjila@hotmail.fr

 

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