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Agroécologie et Sécurité Alimentaire

REFLEXION PASTORALISME

REFLEXION PASTORALISME

Réflexion sur le Pastoralisme

Marginalisé par la croissance économique mondiale, le pastoralisme est reconnu comme mode de production depuis quelques dizaines d’années. Alors que l’on sait que cette pratique en Afrique provient directement du néolithique, avec pour origine la partie centrale du Sahara préhistorique. Ce serait une réaction à un assèchement amorcé vers – 5000 ans av. J.-C, pour se poursuivre par une rupture climatique qui l’a conduit à l’aridité à partir de – 4000 ans av. J.-C.

De nos jours, plus de 40% de la communauté pastorale vit dans la pauvreté, tout comme la majorité des systèmes de production agricole ancestraux. Le type d’élevage d’aujourd’hui subit de plein fouet les externalités négatives de la mondialisation. Actuellement le pastoralisme occupe plus du quart de la population africaine, sur près de la moitié de la surface du continent, et dégage jusqu’à 44% du PIB de certains pays. Sa résilience réside en partie sur sa grande aptitude aux déplacements, et à sa mobilité. La transhumance permet de valoriser des écosystèmes à faible bio capacité. Aujourd’hui encore cette technique est plus efficiente en production de protéine que la stabulation « Ranching moderne».

Ce ci sous entend que c’est un monde qui a une réelle dimension, économique, sociale, et politique. Les effets de l’ère industrielle et la mondialisation n’ont fait qu’accroitre sa vulnérabilité par des pressions exercées sur ses propres structures écosystèmiques.

Dans un contexte de croissance démographique, de changement climatique, de course pour les ressources naturelles…, jamais vécu auparavant et sans avoir pu réellement se développer, sans pour autant disparaitre aussi, le pastoralisme est entré dans une crise inédite. Une situation de crise structurelle dont le dysfonctionnement s’illustre par des déchirements sociaux qui ne cessent de gagner en fréquence et en importance. Ces conditions conflictuelles sont tout simplement l’expression directe d’une logique, légitime, de lutte pour la survie par la compétition à l’accès aux ressources naturelles. Elle révèle aussi une trop forte pression anthropique des systèmes agropastoraux qui conduit inévitablement à l’épuisement des stocks écologiques.

En Afrique, le facteur démographique est le plus déterminant, il montre qu’à l’échelle du continent la population a triplé en 50 ans alors que la bio capacité par habitant a été réduite des 2/3. Si dans la plus part des pays émergents la fécondité avoisine les 2.2%, en Afrique elle est de 5.4% et atteint 7% au Sahel, alors que la transition démographique n’a pas encore été amorcée. Atteignant des cas critiques comme le Niger qui comptait 3 millions d’habitants en 1960, 19.5 aujourd’hui, et probablement 40 millions dans 10 ans, avec seulement 8% du territoire reçoit plus 400 mm, la bio capacité disponible par habitant se posera en crise alimentaire aiguë. La conjonction des changements climatiques prévisibles à l’échelle planétaire, et l’augmentation des températures 10-30 fois plus rapide qu’à l’ère préindustrielle, cumulées à l’effet démographique auront nécessairement pour conséquence une réduction de la biodiversité et risque d’effondrement des infrastructures des services écologiques et de la productivité primaire.

En tentant d’établir une analogie avec l’ère industrielle on se rend compte du rôle essentiel de l’énergie dans les processus de développement. On voit aussi que la consommation d’énergie est corrélative à la production de richesses, et à celle de la population mondiale.

En fait c’est grâce à l’énergie que l’effort humain a été démultiplié, puisqu’on sait, à titre illustratif, qu’un litre de carburant dégage 2-4 KWh mécanique, alors qu’un travailleur manuel en dégage 0.05Kw/h, soit environ 40 à 80 fois en moins. Dans le monde industrialisé, l’agriculture a vu le déferlement de l’énergie après la seconde guerre mondiale. Un véritable levier au développement qui a permis l’extension de l’hydraulique, la mécanisation, la production d’engrais et de pesticides, le développement de l’agroalimentaire et de l’agroindustriel, le transport, …, sous le couvert de révolution verte, intensive en intrants.

Il n’est pas surprenant de voire qu’aujourd’hui, la consommation énergétique du secteur agricole représente 30% de la consommation mondiale. De nos jours, ce secteur vital absorbe 4 fois plus d’énergie que l’industrie. On comprend pourquoi la chaine de valeur de la filière du lait a été l’une des causes de l’électrification des campagnes françaises. Le rapport de productivité par personne entre une agriculture industrialisée, donc consommatrice d’énergie, et une agriculture paysanne manuelle est de 1 à 100 parfois 200.A ce titre il est utile de rappeler que le taux d’électrification du continent africain est le plus faible du monde.

Autrement dit, les techniques agricoles à elles seules ne seraient jamais arrivées à suivre la cadence de la croissance de la demande alimentaire sans l’effet démultiplicateur de l’énergie.

La population humaine aurait donc été cantonnée à la dimension de l’effort de l’individu. Le nombre d’habitant sur la planète n’aurait pas pris l’aspect d’un phénomène humain risquant de prendre l’ampleur d’une catastrophe écologique.

Actuellement même si on sait que la célérité de l’évolution de la poussée démographique, des perturbations climatiques, de la sécheresse, de la désertification, de la pauvreté des sols, de la rareté de l’eau, de la dégradation des pâturages…, sont parmi les causes principales, de la pauvreté et des conflits, nous sommes dans l’incapacité d’y remédier tant que l’introduction massive d’énergie à toutes les échelles des chaines de valeurs n’a pas encore été réalisée.

Avec tout le savoir capitalisé et une multitude d’outils techniques maitrisés, nous assistons presque impuissant à une pénurie des ressources pastorales, à un rétrécissement des terres parcours, à l’inadaptation des échanges traditionnels entre groupes sociaux,… avec pour conséquence tragique, l’accroissement de la paupérisation qui illustre bien l’incapacité des acteurs et partenaires concernés à inverser la tendance de la paupérisation.

En théorie les dispositifs techniques disponibles et le niveau actuel d’exploration du monde pastoral, devraient permettre d’établir des prospectives, et d’anticiper des conduites innovatrices. D’une manière générale, un décalage manifeste existe entre la vitesse de l’extension des conflits, la dégradation des infrastructures des écosystèmes, et la promptitude et l’ampleur de l’action. Il s’avère que le rôle locomoteur, avant-gardiste qui doit revenir aux scientifiques et aux institutions ne peut être atteint si les actions entreprises ne sont pas amplifiées par l’apport de l’énergie.

Jusque là les progrès réalisés ont été surpassés (la production doit être multipliée par 5.14 d’ici 2050), alors qu’il s’agit de se placer dans l’optique d’œuvrer pour le développement et non pas de gérer la pauvreté considérée comme une fatalité. Au passage, on peut remarquer que si les O.M.D, ont été un échec technique, l’inaccessibilité à l’énergie des populations concernées en aura été l’une des principales causes. La grande majorité des gens souffrant de la faim sont les paysans des pays pauvres. Le Niger est un cas illustratif puisque seulement 0.2% de cette population a accès à l’énergie, et à l’échelle du continent 80% de l’énergie disponible est fournie par la biomasse au prix de la déforestation.

Il semble évident que cette surexploitation minière des ressources des terres pastorales, a exercée une pression sans précédent sur les écosystèmes. C’est la cause de l’amenuisement de la valeur de la bio capacité, et de la diminution du niveau de la productivité biologique des parcours. Augmenter cette productivité sous entend l’amélioration des rendements des aires de pâturage. Autrement dit, intensifier le système de production primaire, sur lequel il faudra greffer l’augmentation de l’efficience des chaines de valeurs.

Si au 19èm siècle les énergies fossiles ont été choisies pour intensifier les systèmes de production en contractant la dette écologique que nous subissons. Mise à part le fait que ces énergies fossiles sont par définition non durables, il est logique d’engager des politiques de développement catalysées par des énergies propres et durables.

La surface pastorale africaine, est un gigantesque chantier qui s’étend sur plus de 900 millions d’hectares, l’équivalent de l’Australie ou du Canada. Elle comporte une infinité de niches écologiques abritant des potentiels biologiques particuliers auxquels il faudra affecter judicieusement une allocation énergétique. Pour rechercher l’augmentation de la productivité biologique au rythme de la croissance de la demande alimentaire, il faut optimiser l’efficacité énergétique de façon pertinente des sites d’action (lieux d’attache…). Nous sommes dans des conditions de production extensives qui se destinent à intensifier la production des agrosystèmes écologiques à faible bio capacité (diminution de 40% depuis les années 1970).

La répartition des allocations énergétiques doit être ajustée au potentiel biologique. Ce ci sous entend une distribution spatiale de l’énergie sous des formes adaptées aux niches écologiques, selon les tendances régionales ou locale (la géothermie en Afrique de l’Est, les bassins hydrauliques en Afrique centrale….).

L’une des priorités de départ, serait de canaliser à un niveau intensif, des flux énergétiques vers le pouvoir synthétique des plantes pour stimuler la production primaire et éliminer le déficit écologique. Car on sait que pour valoriser les parcours, il faut accroitre la valeur de la bio capacité et la transférer à travers la chaine trophique en calories alimentaire, seule façon d’avoir des effets économiques, et sociaux durables.

Sofiane Benadjila. Agronome. ENSA (ex INA)

sofbenadjila03@gmail.com

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