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Agroécologie et Sécurité Alimentaire

La Pomme de Terre

                                  La Pomme de Terre : Pilier de la Sécurité Alimentaire.

 

C’est suite à une émission TV, que s’est imposé en moi, en tant qu’agronome, la nécessité de contribuer à apporter sans toute prétention, aux algériens quelques éléments de réflexion sur l’importance de l’enjeu que présente la pomme de terre pour notre société. Sachant que c’est le deuxième aliment en Algérie après le blé, leurs consommations respectives, sont de 130 et 200 kg/an/personne. Sa culture constitue 30% de toute la production agricole nationale. La crise de l’automne 2014 n’est pas la première, tant que le problème reste sans réelle prise en charge, les crises suivantes auront un caractère de plus en plus fâcheux.

Dans ce qui suit, nous tenterons de comprendre d’où vient l’importance de la pomme de terre dans l’alimentation humaine et en l’occurrence algérienne, puisque nous en sommes parmi les plus consommateurs du monde.

Comprendre aussi en quoi les conséquences de la valse des prix et de la production peuvent être catastrophiques dans le cas de la pomme de terre et non pas pour d’autres aliments, tel l’ail, l’oignon, …, par ce que nettement moins consommés (quelques kg/hab/an). Et s’expliquer sa répercussion immédiate sur la hausse des prix des autres légumes. C’est le seul légume dont le surcoût obère dangereusement le budget des ménages. Cet aliment économique peut menacer notre sécurité alimentaire. Il s’est imposé dans notre assiette place qu’il occupe un rend désormais irremplaçable. Une grave erreur aura été de ne pas en tenir compte.

Ce petit exposé est loin d’être exhaustif, c’est tout juste une approche qui se veut contribuer à caractériser ce légume ou tubercule. Pour mieux le comprendre il est nécessaire de dire quelques mots sur son histoire, car il en a une bien singulière.

S’il est cultivé depuis 8 000 ans dans les Andes, il est arrivé en Europe vers la fin du XVIème siècle. C’est en 1573, les Espagnoles le ramènent pour nourrir des malades, il y prit le nom de papa qui évolua en battata.

On peut considérer que la pomme de terre y est cultivée à grande échelle depuis 1770, pour devenir aujourd’hui la quatrième production agricole dans le Monde (19 millions ha, 130 pays) après le maïs, le blé, et le riz. Au point où pour sensibiliser l’opinion public, l’année 2008 fut déclarée Année Internationale de la Pomme de Terre (1) par les Nations Unies.

Pour comprendre son impacte sur l’alimentation dans notre pays il est utile de savoir comment et pourquoi cette expansion n’est pas due au hasard. Le cheminement qu’a fait cette espèce revient à ce qu’elle se soit imposée par ses qualités nutritionnelles indéniables. Elle offre une bonne densité nutritionnelle. Elle a aussi un effet rassasiant. Enfin, ses glucides sont lents ou rapides selon la préparation et c'est aussi de loin le légume qui produit le plus de matière nutritive par jour d'occupation des sols, donc de travail, et surtout par jour de consommation d'eau.

La pomme de terre a conquis le monde occidental au moment où les famines faisaient des ravages sur la majeure partie du continent européen. Les céréales occupaient une place primordiale dans l’alimentation populaire. Les crises alimentaires à caractère récursif étaient dues aux mauvaises récoltes. Sachant que pour les céréales il n’y avait qu’une seule récolte par an, une mauvaise année était souvent synonyme de famine. En pleine explosion démographique l’Europe peine à nourrir sa population (2). Les autorités de plus en plus conscientes du problème que pose le pain recherchent donc désespérément des aliments de substitution. En absence de progrès scientifique substantiels qui puissent augmenter les rendements la situation devient vite invivable. Mais il faudra attendre le milieu du XIXème siècle pour qu’elle s’impose comme aliment à part entière. L’exemple de l’Irlande est édifiant, en 1780 la consommation y a atteint 125 kg par semaine (d’où Irish potato) pour une famille de 6 personnes. Partout en Europe la situation est identique quoi que moins grave. Sa propagation s’est faite par à coups, chaque mauvaise récolte sur céréales est un espace gagné par la pomme de terre. On peut considérer aussi qu’elle est arrivée à refléter les changements fondamentaux de l'économie occidentale.

Depuis que les Céréales ont été domestiqués il y a près de 10 000 ans, c’est-à-dire depuis un temps immémorial, aucune plante n’a exercé une influence aussi marquante sur les hommes que la Pomme de terre.

Son expansion dans le monde occidentale est étroitement liée à la révolution industrielle qui, elle-même est corrélative à l’explosion démographique Tab (a), et de la demande alimentaire croissante de l’urbanisation.

 

 

Dans tous les cas l’extension de la culture de la pomme de terre a gagné du terrain, utilisée par les hommes dans la lutte contre la famine. Elle est devenue le principal soutien du développement, et elle offre la stabilité alimentaire qui a permis aux empires coloniaux de s'étendre.

En effet à par une biomasse produite exceptionnelle (7 à 8 fois les céréales), elle cumule plusieurs atouts nutritionnels : un féculent, qui contient des sucres lents ; des protéines de bonne qualité (2%) ….

Il parait logique que dans les rapports que l’homme entretient avec la nature, qu’au moment de crises, les besoins alimentaires humains réduisent la part accordée à l’élevage. Entré en compétition avec le bétail la paupérisation impute la consommation de viande et de protéine aux classes démunies. A cette diminution de l’apport protéique se substitue en guise de compensation la surconsommation de glucides. On constate aussi que l’inverse est vrai puisque l'aisance financière (Diag) fait diminuer la consommation de glucide, comme le pain, pour augmenter celles des protéines.

 

 

Nous remarquons au passage qu’en fonction des richesses existantes l’homme peut quitter sa position naturelle de consommateur secondaire dans la chaîne trophique pour atteindre celle du consommateur primaire.

Plus grave les couches sociales défavorisées, pour qui le pain reste la base alimentaire (d’où ; Naâma : l’aliment), la farine blanche accentue les carences d’un mode alimentaire déjà passablement déséquilibré. Car le blé débarrassé d’une partie du son (l’enveloppe du grain), n’étant presque plus désormais constitué que d’amidon change donc radicalement la nature de la farine dépourvue de sa valeur nutritionnelle (3).

Ici nous ne pouvons nous empêcher de faire l’analogie avec le nouveau rapport alimentaire que l’algérien a établi avec le blé et la farine blanche et bien entendu son effet pervers sur la santé. Nous avons tenté de montrer comment la consommation de la pomme de terre évolue en fonction des conditions sociales des sociétés. Et comment elle a toujours été la baguette économique des classes démunies. En Algérie la consommation de ce tubercule est en phase ascendante depuis plusieurs années sans réelle prise en charge, l’alerte est justifiée pour que la maîtrise de la filière soit quasi parfaite.

 

(1)- Elle porte depuis la fin du XVIe siècle le nom scientifique de Solanum tuberosum que lui a conservé Linné.

(2)- La population européenne est de 90 millions au XIVème, 125 millions du XVIIème, En 1750 ,150 millions, près de 200 millions au tout début du XIXème.

(3)- La découverte en 1870 du moulin à cylindre, permet de mettre à la disposition des populations un blé bluté (raffiné).

 

Qu’en est-il pour nous ?

S’il s’avère que l’expansion mondiale de la pomme de terre est liée à ses performances agroalimentaires incontestables. Elle se serait imposée en répondant aux besoins vitaux de nutrition de la révolution industrielle. Elle aurait été l’un des soutiens à la croissance économique fulgurante de l’histoire de l’humanité de ces derniers siècles.

On aurait tendance à croire que la pomme de terre est récente dans le Maghreb, et qu’elle aurait était introduite durant l’occupation française. Mais il semblerait qu’elle y soit connue comme plante cultivée en Algérie avant 1830, probablement introduite par les Espagnoles par les Iles Canaries, ou les Andalous.

Pour mieux comprendre le rapport de l’Algérie à l’agriculture, il est toujours bon de faire des rapprochements avec des pays avec lesquels on partage certaines similitudes ; alimentaires, écosystèmes, capacités financières…

Actuellement, notre consommation par habitant est quasiment le double de la moyenne mondiale (deuxième aliment après les céréales), nous serions parmi les plus gros consommateurs de ce tubercule. Sa place dans l’alimentation correspond à celle des sociétés qui couvent une crise alimentaire. Aujourd’hui elle seule occupe une surface équivalente à toutes les autres cultures légumières. Sa production a augmenté comme dans tous les pays en voie de développement (1). A l’échelle africaine, l’Algérie se classe deuxième en matière de superficie et dernière de la rive Sud méditerranéenne en terme de rendement c'est-à-dire proche des 200qt/ha. Pendant ce temps nos voisins de la méditerranée arrivent à faire les 780qt/ha. Nous pouvons dire aussi que nous sommes et de très loin les plus gros consommateurs (Maroc, 42 kg/hab/an) qui ont les plus faibles rendements. L’implication directe serait que nos prix de revient se retrouvent vite les plus élevés.

(1)- En 20 ans, la part des pays en développement est passée de 20 à 50% pour représenter 52% de la production mondiale en 2005.

 

A titre illustratif nous avons estimé les coûts de revient dans quelques régions et aussi par rapport à la période coloniale. Dans notre cas il faudrait emblaver, ou mettre en culture 200 milles ha pour satisfaire les besoins du pays à un kilogramme coûtant 25 da, alors qu’en zone méditerranéenne il faudrait le quart de la surface pour produire la même quantité à 6.7 da le kilog ! Tab (-2-). Cette maigre performance explique pourquoi un produit importé est souvent moins cher que celui produit localement.

 

L’exemple du blé subventionné par l’Etat à 4500 da, illustre bien le caractère économique absurde de la production agricole. Car il a fait que du blé soit importé au prix de revient de 1500 da pour être ensuite revendu à cet Etat à 4500da !! Ceci exclue bien sûr toute viabilité du système de production. Parallèlement la plus part des autres pays de la rive Sud méditerranéenne ont doublé leurs rendements ces dernières années.

Il en est malheureusement de même pour pratiquement toutes les autres cultures puisque l’Algérie se trouve parmi les trois pays d’Afrique ayant réalisé les moins bonnes performances au cours des deux dernières décennies. Le pays est devenu le plus grand importateur de produits alimentaires du continent.

Pour savoir s’il y a des moyens de s’en sortir, il est utile de se demander s’il en a été toujours ainsi. Des plongeons rétrospectifs dans la période coloniale, avec les mêmes outils du biotope nous révéleront bien des surprises.

Très vite les pouvoirs coloniaux s’étaient rendu compte que la culture de la pomme de terre en Algérie présente cette caractéristique très particulière de pouvoir fournir des produits frais douze mois par an. A l‘instabilité des prix des céréales s’oppose de tout temps la stabilité des prix de la pomme de terre. Notons par exemple que le blé sur le marché international a vu son prix augmenter de 180% en trois ans, et ce n’est pas pour rien que les EU détiennent 50% du marché mondial des céréales. Il faut souligner que ce facteur de stabilité a fortement contribué à l’expansion de la pomme de terre sur la planète. L’avantage d’avoir des conditions agrométéorologiques particulièrement favorables (2) est un acquis qui est sensé nous prémunir des pénuries et des crises récurrentes que nous subissons. Mais il n’en est rien, on est amené à se dire, si ce n’est pas le biotope qui provoque ces crises, ce doit être le facteur humain qui ne maîtrise pas les paramètres de production.

(2)- Zones littorales, d’altitude intermédiaires, et les Hauts Plateaux.

 

Dans des journées d’Etudes, les Secrétariats Sociaux de l’administration coloniale reconnaissent en 1954, qu’il était nécessaire de constater que les algériens avaient des besoins alimentaires qui excèdent les ressources de l’Algérie, et la nécessité de donner à tous la sécurité du pain quotidien. Pour dire que la question de sécurité alimentaire s’est posée bien avant l’indépendance. Il fallait orienter une agriculture coloniale à caractère rentier vers sa toute première mission à laquelle elle n’était pas destinée au départ de l’occupation, à savoir nourrir la population.

Pour répondre à la demande alimentaire sans cesse croissante, l’Algérie est partie de 25 400 ha en 1962, produisant 200 000 tonnes, dont le tiers partait vers l’exportation, les 90 000 ha actuels  doivent augmenter de plus 6 000 ha/an. Elle occupe l’équivalent de la surface de toutes les autres cultures maraîchères. A noter qu’avec quasiment la moitié de la surface cultivée, l’Afrique du Sud (climat Méditerranéen), produit tout autant. De plus ce pays a développé une industrie semencière en amont et une industrie agroalimentaire en aval.

Chaque jour nous en consommons dans les 14 000 tonnes soit l’équivalent de près de 600 ha. Cette production au départ localisée à l’Ouest s’est en partie déplacée sur les Hauts-Plateaux, et à Oued Souf

.

 

Ces seules zones sont sensées assurer (par cycle de production) la moitié de la consommation annuelle. Les plantations s’étalent dans le temps, la synchronisation des périodes de production même si elle est aisée doit être minutieuse pour assurer une stabilité du marché. Ce ci sous entend la maîtrise de toute la filière à commencer par le capital humain, la semence, jusqu’aux dérivés agroalimentaires en passant par le stockage et la distribution.

Il est nécessaire de tenter un passage en revue des différentes phases de production pour comprendre de quoi il s’agit.

Cette culture n’échappe pas à l’épineux problème du foncier qui mine tout le secteur agricole, indivision, morcellement, urbanisation…. Il se pose avec plus d’acuité au Nord du pays, où parfois la quasi-totalité des producteurs sont des locataires. Hormis le fait que la location à elle seule double dans certains cas les coûts de production (3). Si la majorité des producteurs n’est pas propriétaire, ceux-ci sont déstabilisés par le statut juridique des terres, qui pose directement la question de la professionnalisation de la filière. N’étant propriétaire, on peut imaginer en toute logique le type d’exploitation minière des sols, leur dégradation, et les chutes de rendements engendrés. Sachant qu’un sol peut être dégradé en quelques années, mais il lui faudra des dizaines d’années pour être récupéré, bien sûr en fonction…..

(3)- La moitié du prix de revient va au locataire.

 

La semence est le tendon d’Achille de toute activité agricole dans le cas de la pomme de terre son importance est plus que vitale pour plusieurs raisons. Dans ce qui suit, avec le souci de transmettre en termes simples des éléments de réflexion qui permettent d’apprécier les principes de la problématique et sa complexité, il est nécessaire de donner une dimension du problème, et de vous soumettre involontairement à une lecture fastidieuse, mais utile.

Nous savons que la semence de pomme de terre n’est pas une graine, mais un tubercule (tetrapoïde) issu d’un tubercule mère. En quelque sorte c’est un clone, donc génétiquement identique au parent. Sauf que c’est un grand couloir de transmission de maladies, qu’il faut éviter de propager en les replantant. La question qualité (pureté variétale) est tout de suite mêlée l’état sanitaire de la semence. L’Algérie en importe la quasi-totalité de première saison (plus de 120.000 tonnes en 2012), que nous n’avons pratiquement pas les moyens de contrôler. Le pays produit la totalité pour l’arrière saison, par des privés sensés être contrôlés par l’Etat. Autrement dit nous ne savons pas avec quoi nous sommes entrain de contaminer les sols. Si on s’arrête ici, on apprend qu’une industrie semencière s’était mise en place dès 1940, lorsqu’à cause de la 2em Guerre Mondiale, le territoire algérien s’est vu refusé l’importation de semences de la métropole. En quelques années, dès 1946 la production se réalisait avec de la semence à 100% locale, évidemment totalement contrôlée !

Et c’est à ce moment que l’on s’est rendu compte que les semences récoltées sur les Hauts-Plateaux à des altitudes supérieurs à 800 ou 900 mètres pouvaient êtres utilisées pour les plantations des plaines littorales et y donner des résultats intéressants, égaux, voire supérieurs à ceux obtenus avec des tubercules d'importation de même variétés !!

Nous ne pouvons pas parler de ce qui nous tient par le ventre sans oublier cette maladie qui l’accompagne depuis 1844, lorsque le mildiou fut importé du Mexique. Ce redoutable champignon s'adapte au bout de trois à cinq ans au traitement, avec le temps il est loin de faiblir, il se montre de plus en plus agressif. Il infecte la chair du tubercule et l'année suivante, la contamination repart de tubercules infectés utilisés comme semence, restés dans le sol. Aujourd'hui encore, dans les pays producteurs on traite beaucoup, de 15 à 20 fois par an. Malgré cela, si les conditions sont favorables, le mildiou a souvent le dernier mot. Face à de tels échecs, certains pays ont opté pour les OGM, en parlant non pas de transgenèse mais de "cisgenèse", pour contourner la réglementation. A titre illustratif ses dégâts (plus de 50% de perte sur récolte) coûtent de nos jours 120 millions d'euros par an en temps, en pesticides et en machines, et 25 millions de pertes, aux hollandais. Pour mesurer l’envergure de potentiel de destruction, l’histoire nous parlera de l’Irlande, lorsque la pomme de terre y occupait une position prépondérante donc stratégique dans l’alimentation. Dans ce pays, cette plante était devenue la nourriture presque exclusive, trois mauvaises récoltes de suite (de 1846 à 1849) provoquèrent l’effroyable famine, de 1 million de morts (Hiroshima 70 000 morts), et d’un autre million d’exilés. Ou encore « la révolution des pommes de terre », à Berlin (1847) lorsque le prix du tubercule atteint la moitié du salaire quotidien d'un ouvrier.

Tout ce ci ne nous laisse pas douter des capacités de nuisance de ce redoutable parasite contre lequel nous n’avons adopté aucune stratégie de lutte, cause chaque année d’énormes pertes sur les rendements. Il renforce la nécessité de développer après 50 ans une industrie locale de production de semences. Surtout qu’il faut savoir qu’une variété peut regrouper des qualités dans un écosystème pour lequel elle a été sélectionnée, et les perdre dans un autre milieu. Si nous voulons gagner notre sécurité alimentaire de façon durable, ces réalités techniques nous condamnent à produire notre propre semence comme ça a été fait en 1946.

Les rendements sont directement liés à la qualité de la semence choisie, et des degrés de technicité intégrée au processus de production, ou de la qualité des techniques culturales appliquées par l’agriculteur qui est au bout de la chaîne. En Algérie, l’hectare produirait une moyenne de 210qt, le faible rendement fait que l’on produise au plus fort coût. L’écart montre le caractère d’une économie de production artificielle (Tab-2) dépourvue de tout bon sens. Des résultats pareils sanctionnent tout le circuit de production, surtout si on apprend, tenez vous bien, qu’en 1910, les rendements atteints étaient de l’ordre de 452qt, c'est-à-dire plus que le double de ceux d’aujourd’hui, avec des moyens incomparables !!

Pourtant nous sommes tous témoins que le colon en quittant l’Algérie n’a pas emmené les terres agricoles avec lui !

Question; ce serait quoi le rôle de ces institutions d’appui à la production?

Le stockage, conservation.

Le ministère de l’Agriculture a mis en place en 2008 le Système de Régulation des Produits Agricoles à Large Consommation (Syrpalac). Il intervient donc en aval de la production. Les performances sont celles d’un d’organe administratif qui fonctionne avec des réflexes bureaucratiques, dans un contexte national sont trop connues pour en parler. La gestion d’un système biologique qui ne tient pas compte des jours fériés, du ramadhan, des congés…, complique d’autant plus la tâche. Les pôles de production, de consommation, les zones de stockages, les périodes de production,…, sont tous étalés dans le temps et l’espace. Tous ces facteurs obéissent aussi à des fluctuations parfois imprévisibles. La régulation des prix commence par la synchronisation entre tous ces paramètres (production, transport, stockage….) avec une efficacité optimale pour répondre à tout moment et en tout lieu aux besoins de la consommation. L’idéale serait que le Syrpalac, fasse tout ce travail en flux tendu, c'est-à-dire quasiment sans avoir à stocker.

Est-ce possible, en théorie oui, puisque comme on l’a cité plus haut, en Algérie les zones climatiques nous permettent une production tout au long de l’année, un atout non valorisé pour un pays en manque de terres agricoles. Pour cela il faut qu’il y ait des interlocuteurs crédibles de part et d’autre de la chaîne de production, et ce n’est le cas pour aucun des acteurs. Le Syrpalac ne peut exercer de pression sur les animateurs des circuits de production, de stockage et de distribution, encore moins sur les prix. Même animé par la meilleure des volontés, avec des moyens de stockage dérisoires, en périodes critiques il s’avère d’une inefficacité évidente, remettant sérieusement en cause son utilité. A titre indicatif, Boumerdes placée première à l’échelle nationale en matière de stockage de la pomme de terre ses capacités n’ont pas dépassé quelques jours de consommation (14 000 tonnes/jours) nationale. Pour couronner le tout ; comme on le sait tous, le stockage en chambres froides répond à des règles particulières, mais celles ci ne sont quasiment jamais respectées. Il arrive souvent de rentrer dans des chambres dépourvues de thermomètre, où la ventilation…, sont aléatoires, le poulet peut côtoyer la pomme, la poire, la patate… . Selon des membres du Cnif, en Algérie, il n’existerait que deux vrais conditionneurs de pomme de terre, avec ça il arrive qu’au moins 30% de la production soit carrément jeté! Quand on réalise que ces 30%, sont arrivés au stade de produit fini, ont consommé de l’argent sur tout le circuit. Ils ont été achetés à l’état de semence, sur lesquels on a dépensé, engrais, préparation du sol, pesticides, eau, main d’œuvre…, pour finir dans une décharge. Il n’est pas possible de prétendre gérer, quand sur une mesure de 100 on réalise une erreur de 30. Que faut-il de plus pour être convaincu qu’il est inadmissible que ce là puisse continuer à fonctionner ainsi ?

Il faut absolument arrêter ce massacre. Comme on le sait, toute la filière vit dans l’informel, depuis la semence jusqu’à la conservation, c’est le secteur privé qui détient les rênes. Séparément, ni le producteur ni l’Etat (Syrpalac) ne sont actuellement capables de gérer la demande nationale, dans les conditions actuelles (absence de professionnalisme, faiblesse des institutions étatiques…), il leur est tout simplement impossible de travailler ensemble.

Enfin on ne peut pas parler de l’agroalimentaire puisqu’il n’existe pas. Même si ce secteur n’est pas à notre portée, il faut tout de même savoir que l’Egypte a exporté en 2004, plus de 18 000 tonnes de produits dérivés congelés, et que depuis 1995 ce pays a multiplié ses exportations par 13 !

Au début de cet exposé, nous avons voulu montrer comment la pomme de terre s’est imposée dans l’alimentation humaine ces deux derniers siècles. Comment elle a soutenu les croissances démographiques et économiques. Pour l’algérien c’est le deuxième aliment après les céréales qui sont quasiment entièrement contrôlées par des institutions étatiques. Si les structures de régulation des céréales sont en partie le bénéfice d’un héritage colonial, nous nous rendons compte qu’à ce jour pour la pomme de terre aucune structure fiable n’a été conçue. La gestion de cette culture, montre qu’il y a confusion entre le maintien de la paix sociale, et une politique de développement agricole.

En Algérie la pomme de terre n’a pas dit son dernier mot, il ne faut pas oublier que nous sommes en phase ascendante de consommation. Vu le retard que nous avons pris en terme de développement agricole, elle devient l’élément sans lequel on ne peut accéder à la Sécurité Alimentaire.

 

 Références bibliographiques :

 

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- L'histoire de l'alimentation de l'homme. Michel Montignac

- LE TYPE SAUVAGE DE LA POMME DE TERRE. — SON PAYS D’ORIGINE. Anonyme.

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-Culture devenue aujourd’hui celle du quatrième produit alimentaire mondial. V. Liégeois 07.11.2008.

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- New Press : La surproduction de la pomme de terre fait couler les agriculteurs.

15/12/ 2013. S.B.

- L’Expression : Pomme de terre, le plat du pauvre sauvegardé ? K. BOUKHALFA 13/ 10/2014.

L’Expression : La pomme de terre  sous les feux de la rampe. Comme une star !

M.TOUATI : Sacrée patate! Devenue une arme de destruction massive entre les mains d’une mafia-  28/ 10/ 2014.

- El Watan : Envolée des prix de la pomme de terre. Des groupes de spéculateurs dictent leur loi ! 20 /10/2014.

- El Watan : Mostaganem; perspectives pour la transformation de la pomme de terre. 11/12/2013.

- El Watan : Un Salon dédié à la pomme de terre. 15/06/2012.

- El Watan : La mafia de la pomme de terre sévit en toute impunité. 28/03/2012.

- El Watan : la pomme de terre s’invite aux législatives. 15/03/2012.

- Le Courrier d’Algérie : Où est donc l’Etat? 16/01/2010.

- Le Quotidien d’Oran : les prix à 100 DA le kilo est déjà dépassé dans les marchés d’Oran. 13/03/2012.

- El Watan : La pomme de terre est devenue un luxe…15.03.2012.

 

Sofiane Benadjila, Ing. Agronome ENSA (ex INA)

sofbenadjila03@gmail.com

version pdf :

https://drive.google.com/file/d/0BxnwRPoFyUO0ejEyTnVWT2M3UUk/view?usp=sharing

La Pomme de Terre

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